Abdullah

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Abdullah, c’est une paire de baskets qui dépasse de la gandoura, un keffieh rouge et blanc. Au coin des yeux, il a les plis du sourire et la peau usée de ceux qui ont passé leur vie au soleil. La crème solaire, c’est sûr, cela ne le concerne pas vraiment. Difficile de deviner son âge car les mains noueuses et les rides contredisent la barbe encore sombre. Dans son regard, il y a une vraie chaleur, celle du désert peut-être. Son sourire est tellement spontané et enjoué qu’on en oublie qu’il est partiellement édenté. Welcome my friends ! My house is your house ! L’hospitalité, même monnayée touristiquement, est la caractéristique et la fierté des Bédouins car Abdullah en est un, un  Bédouin du désert de Jordanie, le Wadi Rum frontalier de l’Arabie Saoudite. C’est un vrai de vrai, un pur, pas un type de la ville venu faire de l’argent avec les touristes en mal d’étendues désertiques.  Son grand-père a connu Lawrence d’Arabie venu supporter la révolution arabe en 1916, c’est dire si l’ascendance familiale est prestigieuse. Le pick-up qui a vu des jours meilleurs nous trimbale en douceur dans le désert : des troupeaux de chameaux ou de chèvres égaient le paysage magnifique fait de blocs de rochers posés au milieu d’un sable tantôt jaune, tantôt rouge. Pas de dune-bashing ici car de dunes, il n’y en quasi pas, sauf adossées à une montagne comme une langue de couleur. Par contre, il y a des canyons étroits, des arches de pierre et des dessins de chameaux(Hiii) et d’oryx qui datent de 2000 ans du temps où des caravanes de plusieurs centaines d’animaux empruntaient ces pistes pour rallier le nord. Régulièrement nous croisons des files de marcheurs, parfois équipés, parfois totalement inconscients avec une mention spéciale à la dame qui marchait à 14h en maillot de bain bikini minimaliste et chaussures de marche, vision improbable d’un tourisme méprisant tout à la fois les usages d’un pays islamique et les règles de sécurité dans le désert. Lorsque la matinée avance, Abdullah cherche un coin pour faire le thé et le déjeuner. Pour cela, il faut 2 conditions : du bois volé aux buissons secs qui parsèment le sable et de l’ombre, chichement  distribuée par ces grandes falaises verticales. En buvant le thé et en attendant que le plat soit prêt, c’est le temps de l’échange et Abdullah m’encourage à lui parler arabe. En riant, je lui dis qu’il préjuge un peu de mon niveau mais chaque phrase qu’il comprend ou que je parviens à deviner nous fait plaisir autant à l’un et à l’autre. Entre arabe et anglais, nous apprenons qu’Abdullah a 9 enfants et que  la vie n’est pas facile ici.  Le temps s’écoule lentement, la chaleur nous enveloppe et même les mouches ont une certaine nonchalance. Nous nous imprégnons du désert ou peut-être est-ce lui  qui nous accepte, nous absorbe. Tranquillement, apaisés et sans hâte, nous reprenons notre périple, prenons le temps de remplir nos chaussures de sable et nos yeux des couleurs dorées des montagnes, nous arrêtons suivre la trace d’un gros scarabée, grimpons sur un rocher pour jouer à être les rois du monde. Abdullah veille au grain et nous abreuve, au sens littéral, de peur que nous nous déshydrations et surveille les enfants pour qu’ils ne restent pas trop au soleil. Celui-ci commence à se rapprocher de l’horizon, nous regagnons tranquillement le camp. Adossé à un rocher, il est bien modeste comparé aux grands camps de plusieurs dizaines de tentes dont la foule vient s’agglutiner sur les rochers pour voir le coucher de soleil.  Deux tentes nous accueillent avec le sable en guise de descente de lit et la climatisation, oui parfaitement la clim’, naturelle via les ouvertures de la toile épaisse ! C’est sommaire, rudimentaire mais les draps sont neufs et les couvertures parfaitement propres et puis il y a même des toilettes et des douches alors pas vraiment de quoi se plaindre ! Lorsqu’il fait nuit, le rocher qui nous surplombe devient une tête de lion et autour du feu sur lequel chauffe la théière au fond noirci, nous discutons paisiblement et découvrons l’univers d’Abdullah. Le désert s’endort tranquillement, le silence est assourdissant, la nuit si noire et pourtant si lumineuse et alors que la porte de la tente se referme, je me prends à envier Abdullah qui part, avec une simple couverture, dormir avec pour seul plafond les étoiles. Le désert, c’est magique…

PS : Abdullah fut notre guide pendant 2 jours dans le désert de Wadi Rum que nous avons exploré dans son pick-up. Il fournit l’hébergement, tous les repas (ce fut copieux !!!) et les boissons tout au long du séjour (30 JD/jour/personne). Il est adorable et anglophone. Si vous êtes intéressés, allez sur son site et contactez-le par e-mail, il répond très rapidement. Si vous cherchez un camp 5 étoiles, passez votre chemin car les conditions d’hébergement dans le camp sont dans le genre très « roots » mais il y a des toilettes, l’eau courante et l’électricité le soir. En revanche, pour la chaleur humaine, c’est top ! Son site est : www.wadirumcamp.net.

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