Brunch du Vendredi ou la vie sauvage

Il est des traditions dont il faut s’imprégner et le Friday Brunch est ici une institution. Pourquoi le vendredi ? Parce que (ici pour une révision), le week-end correspond au vendredi et au samedi et que le jour de la prière c’est vendredi donc le Sunday Brunch devient un Friday Brunch, CQFD ! Nous n’avions pas encore succombé à la tentation mais nous avons enfin réparé cela il y a quelques jours.

Brunch = br-[eakfast + l]-unch… Théoriquement… Théoriquement, car avec l’ouverture des festivités à midi, mieux vaut avoir grignoté quelques tartines en guide de vrai petit déjeuner, histoire de ne pas sauter directement sur la serveuse pour lui attaquer  directement le gigot sur l’os… Aventuriers toujours, nous avions opté pour un brunch italien, histoire de faire plaisir aux enfants qui -ces petits êtres sont tellement prévisibles- ne rechignent jamais devant une assiette de pâtes et aussi parce que j’adore le tiramisu (alors que je n’aime ni le café ni l’alcool dans les desserts, va comprendre !).

Un bel éphèbe voiturier ouvre ma portière pour que j’en descende avec grâce, telle une princesse des Mille et Une Nuits, ce que je suis bien évidemment au quotidien moi qui ne transpire que des paillettes ou des papillons. En réalité, j’essaie de descendre avec efficacité, sans montrer ma petite culotte, ni me tordre les chevilles dans mes talons.  Le restaurant nous accueille chaleureusement. Il y a là principalement des familles, expatriées ou locales, avec enfants. Le serveur nous propose de prendre l’option avec alcool mais charge d’enfants aidant et conscience morale irréprochable, nous déclinons et décidons de nous contenter d’une eau pétillante de bonne cuvée. Ce n’est visiblement pas le cas pour tout le monde car certains n’ont pas adopté notre alcohol-free diet du jour. Derrière nous, tranchant parmi la population attablée, 8 rombières femmes expats, dépourvues, au moins momentanément, de mari et/ou d’enfants, ont attaqué au champagne et poursuivent au vin blanc. Au volume d’alcool ingéré est directement corrélé  le niveau sonore des voix et des rires car les joyeuses en goguettes sont visiblement bien attaquées par le chardonnay. Ici point d’oeufs bénédicte ou de French toasts mais de l’agneau rôti ou des pizzas, c’est-à-dire tout ce qui ne fait pas partie de ma conception du breakfast mais, en revanche, correspond tout à fait à ma définition du déjeuner.Les enfants vaquent tranquillement à leurs occupations et grignotent tous les plats du buffet. A tout hasard, dans un sursaut éducatif, nous rappelons que les asperges et les haricots verts sont des aliments comestibles ne gâchant en rien le goût des pâtes. Nous échappons de peu à un  mini-drame culinaire avec une pénurie momentanée d’osso-bucco, certainement pillé par nos copines imbibées pour pomper un peu les degrés alcooliques mais heureusement le réassort ne se fait pas trop attendre et après avoir savouré nos plats, nous approchons des desserts. A côté de nous, le ton monte toujours chez nos voisines de plus en plus éméchées qui demandent sans arrêt à un pauvre serveur de les prendre en photo en se positionnant consciencieusement (et avec visiblement beaucoup d’efforts pour ne pas tituber), à contre-jour. Malgré les explications du garçon plutôt au point sur les conditions optimales de luminosité pour la prise de vue, elles n’en démordent pas mais, à quelque chose le malheur étant bon, cela a au moins  au moins le mérite de laisser dans la pénombre les visages  et les stigmates alcoolisés des plus atteintes. La fontaine de chocolat fait de l’oeil aux enfants et moi, j’approche telle un tigre à l’affût du tiramisu tant convoité.  Deux des poivrotes de nos voisines semblent avoir passé un cap dans l’ébriété, les mouvements se font plus amples et a contrario également moins précis. Même leurs copines commencent à être gênées de leur exubérance. Difficile de les ignorer et nous rigolons sous cape avec le Mâle. A l’une de leurs stridences particulièrement sonore, mon KingBoy laissye échapper, de surprise, sa fraise habillée de chocolat fondu ; l’objet du délit s’échappe, feinte la passe, esquive la serviette, se traîne sur le short de l’enfant, évite ma main avant de finir lamentablement sur ma robe déclenchant un juron intérieur violent traduit, grâce à une maîtrise impressionnante et surtout grâce à la plénitude post-prandiale et post-tiramisu, en un simple ronchonnement vindicatif contre l’inventeur de la fontaine de chocolat, la traîtresse, vendue au lobby des fabricants de lessive et du détachant avant-lavage. L’heure du départ sonne, je cache l’ampleur du désastre derrière mon sac qui passe donc du statut de sac d’épaules à sac de ventre (un nouveau concept à développer je pense), je passe devant la table des dames à l’oeil brillant quoique qu’un peu torve, aux gestes certes peu assurés mais aux vêtements indemnes, eux, de traces d’attentats alimentaires. Y’a de la veine que pour la canaille !

Andiamo (Grand Hyatt Hotel). Friday Brunch : 199 AED/adult (soft drink), 99 AED (enfants entre 6 et 12 ans), gratuit pour les moins de 6 ans.

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