Hydra trail #2 – le jour J

2017_04_20_HYDRA_DSC056997h15 : pas besoin de réveil, les cloches d’Hydra ont, avec vigueur et conviction, retenti dès 7h00. Je réalise que je dois courir 13 km dans la montagne aujourd’hui. Je pleure.

7h30 : je choisis un tee-shirt rose fuschia pour que, au cas où je me perde, on puisse facilement me retrouver au milieu des crottes de bique et des buissons.

7h45 : je me renseigne sur le « cut off time » pour savoir si, en plus de risquer ma santé, je vais me faire humilier. Bon 3h, ça devrait le faire. Je commets l’erreur de regarder à nouveau le descriptif de la course et le dénivelé. Je pleure.

8h00 : j’essaie de dompter mon camel bag dont la longueur du tuyau doit être faite pour un humain d’environ 2,10m. Je m’acharne. Le camel bag résiste, la saleté. Il remporte la victoire. Il restera dans la chambre, le chanceux. À défaut de camel bag, je me rabats sur mon immuable banane de course, absolument hideuse mais fort pratique que je préfère aux brassards de course. J’y fourre une barre de céréales, mon téléphone et mes écouteurs. Elle devient obèse. Je fixe mon dossard sur mon tee-shirt, de travers comme toujours et ma puce de course sur ma chaussure, en aérodynamisme maximal pour ne pas compromettre mes chances de performance.

8h20 : mon coach frappe à la porte pour un petit entraînement pré-course. Horreur, j’ai encore une haleine de furet et mes lacets sont défaits. Je me jette sur ma brosse à dents. Comme il y a de l’humidité dans l’air à cause de la proximité de la mer, mes cheveux rebiquent en tous sens. J’enfile ma casquette, je ressemble donc maintenant à un artichaut, un artichaut rose avec une banane…

8h30 : le Mâle est briefé sur l’assistance à nous prodiguer. Il aura la lourde charge de récupérer mon pull avant notre départ en trombe. Il acquiesce en pensant, le fourbe, au petit-déjeuner pantagruélique à base de gaufres et de fruits qu’il dégustera dans 35 min dans un café avec vue sur le port. Un de mes collègues de galère course me donne un « gel » qu’en bonne amatrice non préparée, je n’avais évidemment pas. On dirait un tube de dentifrice, j’espère que cela n’en pas le goût.

8h50 : Mes supporters viennent m’encourager. Je demande à la cantonnade si quelqu’un veut faire la course à ma place plutôt. Malgré la gentillesse de ma requête, personne ne souhaite me priver de ce plaisir. Je pleure.

8h55 : mais qu’est-ce qui m’a pris de faire ça ?

9h00 : les gars, là on n’a plus le choix. Mes 180 copains et moi, on part, certains avec une motivation visiblement nettement plus importante que la mienne au regard de leur vitesse initiale.

En fait, le running c’est facile, je suis en pleine forme, je double avec aisance un monsieur d’environ 120 kg et une dame qui marche avec des bâtons. J’ai la foulée altière. Appelez-moi la flèche rose…

9h05 : purée, ça monte (#1) alors que l’on est encore dans le village. Mon coach personnel m’avait prévenue : « dans cette montée, il faut que tu continues à courir pour doubler car ensuite, dans le chemin étroit, tu seras bloquée par ceux qui te précèdent ». Je m’accroche, je continue à courir alors que mes cuisses expriment leur profond désaccord.

9h06 : mes cuisses sont très persuasives, je vais marcher un peu, personne ne le saura.

9h08 : on attaque la vérité crue du trail, le chemin en terre qui s’élève. Mes scrupules s’envolent ; dans la montée (#2), TOUS mes accolytes marchent. Comme je ne voudrais pas humilier les autres coureurs, je marche aussi, je ne peux pas faire plus de toute façon, je suis bonne camarade.

Quelques minutes plus tard : enfin, ça descend. Je recours, j’arrive même à doubler d’autres coureurs, ni asthmatiques, ni unijambistes. Alors que je suis à peine remise de la précédente, je vois encore une montée  (#32) ? En plus, là-haut, il y a une ambulance, pas très rassurant…

je ne vois pas l’heure, je transpire trop : 1er ravitaillement. Je remplis la gourde dont certains se sont gaussés à mon départ mais comme il n’y a pas de gobelet au stand, je ricane en les voyant boire dans leurs mains.

ça fait déjà lontemps qu’on est partis non ? :  qu’elle est belle cette forêt de pins et la vue, la vue, la vue sur la côte mais p*** ce que je grimpe (#402), une chèvre refuserait de le faire. Des tortionnaires, ces organisateurs… Une dame grecque devant moi souffle comme une malheureuse. En me regardant ahaner, elle souffle « ποσο αλλο ; » (encore combien ?). Je me dis que le moment est bien choisi pour goûter le fameux « gel ». Il faut vraiment être à bout pour avaler ce truc à la texture de gel pour les cheveux et au goût de paic citron. Pas de problème, vu que j’ai la bouche sèche comme le désert d’Arabie, ça ne risque pas de faire des bulles. Je pense que je suis en train de décéder d’une maladie orpheline appelée rébellionnite globale musculairotrophisante parce qu’à part les mains, j’ai mal partout : les mollets, les cuisses, le dos, les abdos…

10h00 (environ, presque, ou pas) : je viens de ressusciter à la vue de la descente et en bas, tels des Candys (seuls les plus de 40 sauront) en lycra, nous courons au milieu des fleurs jaunes et violettes d’un champ dans lequel un vieux couple ramasse des herbes pour le déjeuner. Ils nous crient, hilares et sympathiques, « παμε παιδια ! Βραωο  » (Allez les enfants, bravo). Ce pré fleuri est un rêve de gosse, celui dans lequel on rêve de s’allonger en regardant les nuages passer dans le ciel bleu en étant doucement chauffé par le soleil. À regret, je laisse (lentement) les λουλουδια (fleurs) derrière moi.

je préfère ne pas savoir l’heure : Dans la montée (#5012) qui suit ce passage, je m’arrête pour prendre une photo. Je n’y vois pas le sourire des deux petits vieux mais je sais qu’ils sont là. La descente est à portée de jambes, je me vois déjà dévaler la pente telle une gazelle lorsque je me rends compte que ce ne sont que cailloux traîtres et glissants. Je vaincs avec aisance l’aspect technique de la descente (dixit la fiche de course) c’est-à-dire qu’à la différence d’un monsieur qui me précède, je m’épargne la chute lourde sur postérieur avec contact inamical sur pierres pointues. Vu le grognement poussé et sa corpulence, je ne prends pas de risques : je ne ris même pas, je m’enquiers de sa santé et je me contente de trottiner tranquillement. Nous retournons à la civilisation sur une route en ciment… Mais enfer et damnation, elle monte (#6789) et le sadisme des organisateurs étant sans limite, ils y ont placé un photographe officiel. Autant vous dire qu’avec ma tête d’artichaut écarlate au rythme d’escargot, je ne pense pas que l’appareil photo ait été déclenché pour mon auguste personne. Dans un sens, ça m’arrange…

10h30 : La descente arrive, je vois le port au fond, on ne doit plus être très loin. Je reprends du poil de la bête en sentant l’écurie. Je cours, je vole, je double dans un élan d’optimisme, soudainement bloqué par l’amère révélation : le tracé s’éloigne du village ! Je pleure. On passe devant le cimetière, j’espère n’y voir aucun lien de cause à effet. Perfidement et sporadiquement de petits faux-plats (#7756) s’enchaînent. Je me fais doubler par un âne, je fais semblant de l’ignorer.

2017_04_20_HYDRA_DSC05515le chrono c’est pas important de toute façon : enfin le dernier ravitaillement et les bénévoles qui nous crient plus que 2 km. De joie, je n’en remplis même pas ma gourde et je rassemble toute mon énergie. J’y parviens sans peine… sur 20 m… Nom de Zeus, ça remonte (#95884) ! Le chemin suit désormais la côte, le paysage est magnifique mais mes cuisses, ces ingrates, n’y sont absolument pas sensibles. De petits îlets surmontés de chapelles, Poros au loin, la mer et le ciel bleus, les fleurs sur le bas-côté, la promenade pourrait être idéale sans les 11 précédents kms ! Au détour d’un virage, je vois apparaître le bout du port et la taverne où nous avons déjeuné la veille. Mon moral remonte, mes cuisses, ces vaniteuses, se ressaisissent un peu… Mais, mais… Horreur, entre la vision idyllique de l’arrivée toute proche et moi, il y a un lacet caché dans l’anfractuosité de la côte, doublé d’une nouvelle montée (#1008552) en haut de laquelle s’est postée la 2e photographe officielle. Encore une fois, j’échappe sans peine à la mitraille de la paparazzi grâce à la rapidité de ma foulée parce que je marche.

10h58 : j’arrive enfin sur le port. D’une des tavernes bondées, jaillit le Mâle pour m’accompagner dans les derniers mètres. Je manque de défaillir car c’est la première fois en 15 ans que je le vois courir plus de 10m. Mes supporters m’acclament vaillamment. Je me sens l’âme d’Usain Bolt mais j’ai laissé mes jambes quelque part au 10ème km alors j’essaie juste de continuer à courir au milieu des applaudissements des spectateurs rassemblés sur le port.

11h00 : je passe la ligne d’arrivée au bout de 2h pétantes sous les encouragements de mon Mâle. À défaut de performance, je suis allée au bout des 13 km de mon premier trail. Je l’ai bien méritée cette médaille et surtout la sieste au soleil qui suivra !

NB : Le trail Rock Race d’Hydra est un « petit » trail pour ceux qui ne se sentent pas l’âme des vrais traileurs qui eux ont avalé le même jour 26 km et 1200 m de dénivelé… Bref, je suis encore bien loin de cet exploit là !

NB : les photos sont du Mâle.

 

 

Cet article a 8 commentaires

  1. 1h58 pour faire 13 km exclusivement en montée, je vous trouve héroïque et incroyablement sportive. Moi qui plafonne à 6 km/h sur du plat, sachez que je vous admire…

    1. Pour être tout à fait honnête, il ne doit y en avoir que la moitié en montée, le reste c’est de la descente mais le truc c’est que c’est une alternance de montées ou de descentes ! Mais quelle belle expérience c’était malgré tout.

  2. Moi aussi, qui ne fais que du yoga. Quel paysage !

    1. Pour un premier trail, en solitaire, la beauté du lieu y est beaucoup dans la réussite. Tout était réuni pour que cela se passe bien : la meteo, les amis, les paysages. 🙂

  3. J attendais la suite ! c est bien ecrit [comme d habitude] , on court avec toi . Bravo et merci . BK

    1. Merci Brigitte, je suis contente de t’avoir emmenée dans ma (modeste) foulée !

  4. Excellent Sylvie !

  5. Que de sincérité dans tes postes. J’adore. En tous cas quand je t’ai vu par hasard peu après, tu avais l’air d’avoir bien récupéré. Bravo

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