O…Oud

Dans « Le parfum », P. Süskind racontait la quête du parfum ultime, celui de l’être humain avec des moyens un peu « radicaux ». Je l’ai lu il y a des années mais j’en garde un souvenir assez précis peut-être parce que je fais partie de ces gens incapables de remettre un nom sur un visage mais ramenés dans un lieu précis par le pouvoir des effluves odorantes. J’aurais fait un très mauvais « nez » en analyse sensorielle car je suis le plus souvent incapable de définir précisément de quoi est faite cette odeur évocatrice mais celle-ci est un déclencheur de souvenirs et/ou d’émotions. De certaines coins d’Asie, c’est l’odeur des bâtiments en bois, toujours un peu humides de cette moiteur tropicale ou cette fermentation latente de la matière organique présente en abondance. De la montagne, c’est cette épouvantable effluve de neige fondue sur fond de chaussettes éprouvées. Des collines des Alpes qui nous accueillent l’été, c’est l’odeur de l’herbe chaude et sèche avec une petite pointe d’épandage de fumier. De Dubai, ce sera sans doute cette odeur de sable brûlant, chauffé à blanc pour la partie minérale mais pour ce qui est du vivant, ce seront définitivement les senteurs boisées de l’oud. 

En effet, la culture du parfum à la française pourtant légendaire n’a rien à voir avec celle du Moyen-Orient, elle aussi historiquement très importante puisque ce sont les Arabes qui ont inventé les techniques de distillation. A la différence des parfums occidentaux, les parfums arabes traditionnels ne sont pas faits à base d’alcool mais d’huiles.  Aux senteurs légères et fruitées sont préférées les senteurs boisées, profondes, fumées, musquées ou au goût de cuir, la faute au climat peut-être qui fait parfois que les corps ont tendance à s’épancher olfactivement  de façon prononcée. Si on parfume son corps comme en Europe, on parfume également ses vêtements et sa maison  en faisant brûler un mélange de bois odorants ; cette utilisation traditionnelle renvoie d’ailleurs directement à l’éthymologie latin du parfum : « per fumum » (par la fumée).

Le champion toute catégorie pour obtenir cette odeur caractéristique, c’est l’oud. Au départ, c’est un arbre malade (un pauvre Aquilaria qui ne demande rien à personne), attaqué par un champignon qui se met alors à produire une résine particulièrement odorante qui imprègne le bois. Ces conditions très particulières d’obtention en font un bien précieux et cher ! On le retrouve dans les mélanges à brûler (maamoul), en composant des parfums fins produits par des entreprises locales mais aussi dans les parfums des grands parfumeurs français qui proposent au Moyen-Orient des collections totalement différentes de celles que l’on trouve en Europe.

A tout jamais, l’oud restera pour moi l’odeur de Dubai et celle des gandourahs immaculées et des sombres abayas.

Ps : pour en apprendre encore un peu plus, j’avais écrit « le parfum dans la culture arabe » en 2014.

 

Cet article a 2 commentaires

  1. Salut Sylvie,

    Touché !
    En ce moment, je parle régulièrement du Parfum qui nous avait inspiré, il y a 10 ans, pour créer des cacaos fermentés avec du jus de fruit (un enfleurage en milieu humide ! ). Dans un autre registre, je me souviens encore parfaitement de cette impression, chaude, jaune et moite d’Ylan Ylang, au milieu des champs à Madagascar, un soir de 1994. C’est ce qui m’a attaché à tout jamais à ce pays…

    Merci Sylvie.

    1. Il est vrai que pour toi odeurs et parfums se conjuguent forcément au quotidien ! Et les souvenirs olfactifs sont puissants, très puissants, parfois trop même … la fameuse madeleine de Proust ou presque car peut-on séparer réellement le goût et l’odeur ?

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